« Durant une année – du début de l’automne 2024 à la fin de l’été 2025 – j’ai pris chaque jour la même photo à la même heure au même endroit, là où je prends mon bain quotidien. Dernière plage du Prado nord à Marseille avant la Base Nautique et le départ de la grande Corniche, la plage dite du « Petit Roucas » forme une petite baie fermée d’un côté par une dalle de béton coulé et de l’autre par une jetée construite avec de gros rochers. Marseille étant souvent ventée, elle propose ainsi une protection au vent d’est ou au mistral selon le côté que l’on choisit pour s’abriter et elle est idéale pour les nageurs ou baigneurs qu’elle protège aussi éventuellement des vagues par forte mer.

Elle est la plus au nord des plages dites « artificielles » construites lors de l’aménagement du littoral marseillais sous Gaston Deferre à la fin des années 70 et sans doute grâce à son accès un peu éloigné – derrière la butte du monument à Arthur Rimbaud (« Le Bateau ivre » du sculpteur Jean Amado) -, elle reste peu fréquentée par rapport aux autres plages marseillaises ; en hiver et même en demi-saison elle est souvent déserte et l’été est toujours moins bondée que d’autres plages urbaines. Son orientation offre une vue dégagée sur toute la rade sud de Marseille : on peut ainsi apercevoir en face tout à fait à droite la petite île de Tiboulen (surnommée « l’île de la tortue » en raison de sa forme typique), un peu plus à gauche la grande île de Maïre, puis le village des Goudes, le Mont Rose, les collines de la ville, le petit port de la Madrague de Montredon, la Pointe Rouge…

Les photos quotidiennes, prises avec un simple téléphone portable mais jamais retouchées ni filtrées, nous dévoilent le changement infini des couleurs. Les nuages, le ciel, la lumière, l’eau, le béton, l’horizon, la terre, la digue, le sable, tout diffère chaque jour au bord de la mer. Aucune photo ne pourra jamais être vraiment la même car aucun paysage ne sera jamais tout à fait le même, et ce recommencement journalier perpétuel, chaque fois un peu pareil et en même temps toujours si différent, nouveau et répété, nous donne à rêver et inspire à écrire… » AO

Un temps à la mer, Agnès Olive, Poésie & Photographie, éditions Marseille Vert, 94 pages, 20 euros, à commander sur contact@marseillevert.fr ou au 06 18 86 60 89 🙏🌸🌊

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